Francilie 2013: en route pour les Municipales
Ma vie de journaliste avec Valérie #Pecresse

J’ai rencontré Valérie Pécresse pour la première fois en juin 2002 à l’occasion de sa première campagne législative. C’était dans un village de la vallée de Chevreuse, un dimanche. Les habitants avaient conviés les candidats de la circo à un brunch. Ils étaient inquiets. On venait de découvrir du pétrole dans les champs voisins. Ils craignaient une exploitation industrielle et l’apparition de derricks qui auraient gâché leur très agréable cadre de vie.   Normalement, c’était une élection tranquille pour la jeune conseillère de l’Elysée. Borotra s’en allait et lui laissait la place bien chaude dans une circonscription de droite. C’était sans compter sur François Bayrou qui lui a mis dans les pattes un candidat UDF. Et pas n’importe lequel: le genéral Morillon, “héros” de la guerre en Yougoslavie et catholique affirmé. Un profil susceptible de plaire à la très “traditionelle” population de Versailles. Le Figaro avait publié un sondage donnant le genéral largement gagnant.

A l’époque, j’étais jeune et donc idiot, et posait des questions provocantes croyant que l’impertinence était pertinence. Je l’agressais donc directement avec cette question "Perdre face à Morillon, ça serait bien pour vous. Ca vous permettra de vous débarrasser de l’image de chouchoute de l’Elysée" Et bien j’aurais mieux de fermer ma grande gueule, car ce jour là elle l’a laminé le Morillon. IL était emprunté, seul dans son coin, il ne savait pas parler aux gens, incapable d’appliquer les fondamentaux d’une campagne de terrain. Au contraire Pécresse était à l’aise. Je revois sa démarche décidée lors de la promenade qui conduisait aux champs. Et là elle sort l’arme absolue. Elle lit une lettre de Raffarin, nouveau premier ministre qui s’engage à ne pas exploiter les champs. Message imparable adressée aux électeurs. I got the power. Elle sera facilement élue.

L’image de minaudeuse donnée par le petit Journal est fausse. Pécresse c’est une tenace, une coriace et une battante. Je l’ai suivie pendant la primaire UMP contre Karoutchi. Elle n’a rien lâché alors qu’elle gérait en même temps le mouvement étudiant contre l’autonomie des universités. A France 3 Ile de France, nous avions organisé un débat avec Karoutchi. L’enregistrement était un samedi matin à huit heures. Elle est arrivée le visage ravagé, épuisé de fatigue, après une longue soirée de négociation. Mais pendant les 3/4 d’heures de débat, elle n’a pas flanché. C’est elle qui a été la plus offensive. Honnêtement j’étais impressionné.

Pourtant Valérie Pécresse doute. Pas d’elle-même, de sa compétence ou de sa légitimité. Mais elle s’interroge beaucoup sur l’image qu’elle donne d’elle-même. D’où une prudence, une retenue,un contrôle. Premier pêché originel à effacer ses origines versaillaises et les clichés qui vont avec. Clichés que parait-il Nicolas Sarkozy reprend volontiers à son compte quand il parle d’elle. Caricature partiellement injuste, car Pécresse (dans mon expérience personnelle de journaliste dans un cadre de rencontre professionnelle)  est une femme simple, sans chichi, directe d’un abord facile. Avec un humour ironique qu’elle laisse juste entrevoir car elle reste totalement sous contrôle. Deuxième difficulté sa féminité dans le monde politique. Etre une femme politique , c’est pas si facile.  Elle en a fait le titre accrocheur de son premier livre (dont le contenu était bien plus interéssant que cette reprise de Cookie Dingler). 

Au départ, elle ne s’habillait qu’en marron, des couleurs passe-partout: se rendre invisible. Mais elle a été beaucoup impressionnée par le look de Ségolène Royal pendant la campagne de 2007. A l’époque, elle a refait avec une collaboratrice toute sa garde-robe. Je l’ai vu débarquer en plateau pour la soirée législative de 2007, tout en blanc. Assez jolie, mais c’était peut-être un peu too much. Depuis elle a rectifié le tir, arborant toute une panoplie de vestes en velours au couleurs pastels qu’elle porte le plus souvent avec un pantalon et des talons raisonnables. Féminine mais sobre. Rien à voir avec les tenues extravagantes de NKM. On les oppose souvent toutes les deux, car en Ile de France comme au niveau national, leurs parcours parrallèles les conduiront forcément à s’affronter dans un éventuel combat ultime pour l’Elysée. Et une amie psychanalyste me donnait ses impressions. "Quand on regarde NKM, on sent qu’elle a été aimée, choyée, adorée par ses parents. Que ce devait être une petite reine. Du coup, elle peut tout se permettre. Valérie Pécresse c’est moins évident, on a toujours l’impression qu’elle a peur d’être prise en faute". Ca vaut ce que ca vaut mais c’est bien vu dans le domaine politique. Dans son expression, Valérie Pécresse est d’une excessive prudence. En off, je ne l’ai jamais entendu dire du mal d’un petit camarade, juste un petit sourire entendu et une malice dans les yeux. En public, difficile de savoir ce qu’elle pense vraiment. Elle n’exprime jamais un point de vue personnel sur les questions de société qui pourrait cliver ou sortir du cadre. Difficile de savoir quelles sont ses convictions. Sa vision. Son identité. Elle n’a jamais pris le risque d’être en porte à faux. Ce contrôle et cette prudence, elle l’admet volontiers. "Ca été compliqué pour moi. Je suis un bébé Chirac adopté par les sarkozystes. Il a fallu que je donne des gages de ma légitimité et de ma loyauté. Quand on est une femme, il faut faire beaucoup plus attention. On est plus corsétée".  Elle sait aussi qu’en politique, pour être libre, pour ne pas dépendre des humeurs du patron, il faut un fief électoral. En 2008, elle a refusé d’aller aux municipales à Versailles. L’issue du scrutin était incertaine (grosse division à droite) et elle a avancé des raisons personnelles et familiales. Valérie Pécresse a trois  jeunes enfants. Et même ces monstres d’ambition que sont les politiques peuvent un jour être sensible aux remords et à la culpabilité.  Mais voyant qu’après, tous les gens promus à l’UMP (et notamment NKM) avaient gagné des mairies, elle l’a regretté. C’est à ce moment qu’elle a décidé de conduire la liste UMP aux régionales en Ile de France. Revenir sur cette campagne serait fastidieux à ce moment de l’article. Pour résumer, son score final fut décevant. D’un point de vue de l’image, elle a surjoué la femme du quotidien. Mais elle a fait vraiment campagne s’engageant à fond. Elle n’a pas vraiment été aidé par ses petits camarades et c’était de toute façon injouable dans le contexte national. Ce qui compte c’est ce qu’elle a fait de cette défaite. Contrairement à Copé en 2004, elle a continué à s’investir dans la vie régionale. Dans ses institutions, elle a pris la présidence du groupe et siège dans l’hémicycle. Et dans la vie du parti. Chaque week-end, elle sillonne l’Ile de France pour être à des kermesses, des inaugurations de stade etc, etc. Objectif 2014. Tenace, coriace. 

Valérie Pécresse, ce matin est donc devenue ministre du budget. Elle était émue semble t’il à la passation de pouvoir. Elle ne doit ce poste qu’à la gueguerre Baroin/Lemaire. Si Lemaire avait été à Bercy, si Baroin s’était écrasé, elle serait restée à la recherche. Je ne la sens pas aurait dit Nicolas Sarkozy. Derrière ce propos pas très sympa, le président ne fait que partager ma même interrogation: qui est vraiment Valérie Pécresse? Le porte-parolat et son exercice obligé de la langue de bois ne vas pas aider Valérie Pécresse à se libérer, à se dévoiler. Je l’ai rencontré dans son bureau mardi pour l’interviewer sur les examens du BTS. Je lui ai dit que j’avais préparé un portrait d’elle option maximum nomination à Bercy. Elle m’a répondu en souriant que j’avais trop d’ambition pour elle. Puis juste avant l’interview “c’est ennuyeux avec le soleil, j’ai les cheveux qui frisent”. Je lui ai répondu que c’était joli que ça faisait naturel.

Sa nomination au budget est néanmoins une victoire politique. Un renforcement de sa position dans son camp et son parti. Mais elle devra un jour s’adresser à l’opinion publique et révêler un peu d’elle même. Elle devra choisir alors entre l’affectation protectrice des yeux de chat du petit journal et l’ondulation libre et naturelle d’une chevelure légèrement frisotée.

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